Avis du CSEP sur le sexisme

, par Claire

Le Conseil Supérieur de l’Égalité Professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP), présidé par Brigitte GRESY, vient de publier un avis sur le sexisme. Ce dernier fait suite à une enquête réalisée en décembre 2013 sur les relations de travail entre les femmes et les hommes visant à cerner le ressenti des salarié(e)s face à des manifestations de sexisme.

Remise à la ministre des droits des femmes par Brigitte GRESY, l’enquête* sur laquelle se base l’avis a mis en évidence plusieurs constats.

L’ENQUÊTE SUR LE SEXISME

Tout d’abord, le sexisme en entreprise est perçu comme une forme de dévalorisation, d’infériorisation, d’exclusion, de sous-estimation du travail des femmes, d’instrumentalisation de la différence sexuelle, de stigmatisation des caractéristiques physiques.

Ensuite, l’étude révèle que le sexisme n’est malheureusement pas rare en entreprise :

80 % des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes (contre 56% d’hommes) ;
• 90% des femmes salariées considèrent qu’il est plus facile de faire carrière pour un homme ;
• 54% des femmes salariées estiment avoir rencontré un frein professionnel en raison de leur sexe.

L’enquête fait ressortir que seulement 9% des salariées ont parlé à leurs supérieurs hiérarchiques des comportements sexistes à leur égard et 4% aux représentants syndicaux.

L’étude montre toutefois des ambivalences sur certains sujets : les appellations familières sont jugées à la fois bienveillantes et inappropriées et les écarts de perception sont importants sur le sujet des femmes managers : 14% des femmes managers seulement ont entendu dire qu’elles n’étaient pas à leur place à un poste de responsabilité parce qu’elles étaient une femme, alors que plus de la moitié des femmes ont entendu des critiques sur les femmes managers.

Bien que cette enquête soit très intéressante car elle montre un phénomène encore peu évalué, FORCE OUVRIÈRE regrette qu’elle n’ait pas été élargie aux PME et à la population des non-cadres afin de représenter au mieux la population salariée.

L’AVIS DU CSEP

A la suite de cette enquête, le CSEP a souhaité émettre des préconisations pour lutter contre le sexisme.

En introduction à l’avis, le CSEP précise que « le sexisme se manifeste par des propos, comportements ou attitudes qui érigent la différence sexuelle en différence fondamentale entraînant un jugement sur l’intelligence, les comportements et/ou les aptitudes de la personne qui en est victime. Est visé ici ce qu’on nomme le sexisme ordinaire, dans la mesure où il peut conduire à des situations de discriminations avérées et constituer une étape dans le continuum des violences au travail. »

Premier constat : «  le sexisme fait souvent l’objet de déni et de résistance dans le monde du travail  ». L’avis pose ainsi comme priorité de rendre visible le sexisme dans l’organisation de travail afin d’arriver à une prise de conscience de ce phénomène.

Pour ce faire, le CSEP propose d’introduire des questions sur le ressenti du sexisme en entreprise dans les enquêtes générales et de mener, en parallèle, des enquêtes spécifiquement dédiées à la question. L’objectif est de favoriser la mesure des phénomènes sexistes au travail. L’idée de mener des études sur l’impact du sexisme sur la santé des salarié(e)s est également évoquée.

Au-delà de ce besoin de visibilité et de prise de conscience, l’avis formule plusieurs propositions :

• mettre en place un groupe de travail pour définir le sexisme et ses différentes manifestations.

• prévenir, informer, et former sur le sexisme par exemple en incitant les branches et les entreprises à engager des actions de sensibilisation, de formation et de communication ; en incitant la direction des entreprises à mettre à disposition un document interne destiné à prévenir tout propos ou comportement sexiste dans les relations entre les salarié(e)s ; en intégrant dans les diagnostics sur la qualité de vie au travail des indicateurs sur le sexisme ; en intégrant, si besoin, dans les formations existantes la question du sexisme…

• étudier les voies de recours possibles. Il s’agit notamment de sensibiliser les responsables syndicaux afin que soit prise en compte la question du sexisme dans les outils existants ; d’informer sur le cadre légal actuel concernant les voies de recours possibles.

Un suivi de l’avis est prévu dans six mois.

Télécharger l’avis du CSEP

Avis

POUR FORCE OUVRIÈRE

Afin d’améliorer cet avis, FORCE OUVRIÈRE a présenté quelques revendications. FO a notamment proposé d’intégrer la question du sexisme dans le règlement intérieur.

De plus, certaines études ont été menées pour démontrer que les rythmes de travail, l’absence d’autonomie au travail etc. avaient une incidence sur la santé physique et psychique. Pour FO, il conviendra de mener des études équivalentes et prouvant l’impact du sexisme sur la santé mentale, afin d’obtenir des conclusions scientifiques si l’on ne veut pas que la lutte contre le sexisme ne devienne un vœu pieux !

* Enquête réalisée auprès de 15000 salarié(e)s femmes et hommes dans les entreprises suivantes : Radio France, France Télévisions, la RATP, la SNCF, Orange, GDF Suez, le groupe La Poste, Air France et LVMH. Un sondage national auprès d’un échantillon représentatif de 1000 cadres a également été réalisé.